L’assurance vie se porte bien

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À fin décembre 2011, l’Afer (Association française d’épargne et de retraite) disposait de 45 milliards d’euros d’encours, dont 40 milliards au titre de son fonds euros géré par Aviva France. Son président, Gérard Bekerman, s’exprime sur le contexte global de l’assurance vie et plus particulièrement sur l’évolution des rendements des fonds en euros.

Profession CGP: Dans un contexte difficile, comment jugez-vous actuellement le marché de l’assurance-vie?

Gérard Békerman : L’Afer n’est pas dans une optique de « marché », mais de « service ». Dans cette période de fortes turbulences financières et d’inquiétudes, les Français sont de plus en plus amenés à puiser dans leur épargne, quand ils ont la chance d’en avoir, pour faire face aux aléas de la vie, leur pouvoir d’achat ou leurs compléments de retraite. La collecte est un concept financier qui intéresse une compagnie d’assurance. L’Afer est plu-tôt une « compagnie » d’assurés. Nous sommes satisfaits de constater que notre contrat est disponible et réponde présent. Notre conception de la liberté, c’est à la fois celle des versements et celle des retraits. Pendant des décennies, les Français ont été en forte capacité d’épargne.

L’année dernière, l’assurance-vie a drainé une part décroissante de l’épargne des ménages, même si elle continue de représenter près de 40% des 3 800 milliards de l’épargne financière. Lorsque le monde sera plus stable, l’avenir moins incertain, l’assurance-vie reprendra des couleurs, comme jadis. Il n’existe pas d’arbitrage en défaveur de l’assurance-vie. D’ailleurs, notre « collecte », en termes humains, a progressé : plus de 18 000 nouveaux adhérents, en 2011, et, depuis le ler janvier 2012, 6 000 nouveaux adhérents ont rejoint l’association. Tous les quarts d’heure, un Français adhère à l’Afer. C’est un signe de confiance.

Le modèle de banque est contesté, le modèle d’assurance et le monde financier aussi, parfois de manière exagérée. L’Afer c’est mieux, elle est un monde associatif, par ses adhérents, pour ses adhérents. A l’heure actuelle, elle représente une force de 725 000 épargnants représentant une épargne gérée de 46 milliards d’euros.

PCGP : Par rapport aux rendements des fonds euros, quel regard portez-vous sur la régulation prudentielle, Solvabilité 2 ?

G. B.: Solvabilité 2 va conduire à la réduction des risques par le besoin d’augmentation des fonds propres. Sur le principe, cette préoccupation est favorable à la sauvegarde des intérêts des épargnants, mais il convient de mesurer son impact sur le rendement de l’assurance-vie. Plus de sécurité a un coût.

L’impact pourrait être négatif sur le rendement, car les assureurs devront, d’une part, financer ce besoin en fonds propres et, d’autre part, sécuriser leurs placements. Sous Solvabilité 1, il faut au minimum 4 euros de capital pour 100 euros de passif, quelle que soit l’allocation d’actifs. Sous Solvabilité 2, chaque risque à l’actif aura un coût ; plus l’allocation est dynamique, plus le besoin en fonds propres sera élevé ; la simple détention de 10% d’actions, par exemple, devrait coûter environ 4 euros de fonds propres, auxquels il conviendra d’ajouter le besoin en capital afférant à tous les autres types de risques — risque de crédit, risque de change, risque de taux, etc. —, multipliant ainsi par deux ou par trois le besoin de fonds propres.

PCGP: Pensez-vous que le cadre de l’assurance-vie doit être revisité afin de pouvoir concilier épargne sur le long terme et rendement des fonds en euros?

La liquidité des fonds en euros doit-elle être sacrifiée ? La com-position des fonds doit-elle être plus transparente ? G. B.: C’est certain, la transparence sur les fonds en euros doit être améliorée. Pendant des années, l’Afer a donné l’exemple et a même été un modèle, car rares sont les assureurs qui publient la composition de leur fonds garanti régulièrement et en toute transparence, comme l’Afer qui, rappelons-le, est une association.

Sur la liquidité, il faut souligner que c’est parce que l’épargne est liquide, qu’elle est coûteuse. Tout service a un coût. L’engagement de l’assureur est de garantir le capital. Si l’option est lointaine, la garantie est moins coûteuse. Garantir la valeur d’un passif à vue est cher. Garantir à sept ou huit ans génère un coût en fonds propres plus faible, un coût qui serait allégé si nous rallongions la durée de détention des contrats d’assurance-vie. Sous cet angle, une liquidité à 100% peut paraître excessive. Financièrement coûteuse, elle répond néanmoins à une valeur à laquelle l’Afer reste très attachée. Une liquidité partielle pourrait suffire, d’autant que le « new cash » est durablement alimenté par le produit des coupons et le papier arrivant à échéance. Les avantages de l’assurance-vie devraient être renforcés dès lors que la durée de détention des contrats serait rallongée.

En revanche, l’Afer a toujours défendu la liberté des retraits, quel qu’en soit le coût pour son partenaire assureur. Cette liberté est inscrite dans notre ADN associa-tif et plus que jamais, nous entendons la défendre.

PCGC : Globalement, quelles sont les mesures que notre nouveau gouvernement doit prendre afin de re-dynamiser le marché de l’assurance-vie?

G. B. : La meilleure mesure serait de n’en prendre aucune! L’assurance-vie se porte bien. Elle ne demande pas de subvention. Elle n’est pas souffrante. Le gouvernement courrait le risque de la rendre malade s’il envisageait de la réformer à nouveau. Toucher à l’assurance-vie, c’est limiter les chances de tout gouvernement, car c’est ébranler le seul trésor sur lequel il peut compter : la confiance. Ne pas y toucher, c’est prendre un pari sur sa réussite.

Les épargnants ont besoin de visibilité. Arrêtons de changer les règles en cours de jeu. II en est de la fiscalité de l’épargne, comme du code de la route. On nous a appris à nous arrêter à un stop, à ne pas franchir les lignes blanches, à ne pas griller un feu rouge… Comment voulez-vous que les épargnants s’y retrouvent quand on modifie les règles à chaque carrefour! L’Afer demande la stabilité, et la permanence du statut juridique, fiscal et social de l’assurance-vie. Nous avons mené de rudes combats dans un contexte particulièrement difficile : nous avons ainsi apporté notre contribution pour repousser à plus d’un million d’euros, au lieu de 152500, le seuil à partir duquel le nouveau prélèvement de 25% est appliqué sur les capitaux-décès. Notre combat concerne aussi l’insécurité juridique des réformes diverses: les prélèvements sociaux, pour les-quels l’Afer attend une réponse officielle à sa demande de rescrit, ou encore celle qui pourrait résulter des réponses ministérielles Proriol et Baquet. Sur ce sujet, nous entendons revenir à un arrêt essentiel de 1986 de la Cour de cassation, pris en assemblée plénière. Les épargnants souffrent tant de l’amoncellement de réformes qui rendent illisible le régime réservé à l’assurance-vie que des débats qui en résultent entre les CC professionnels. L’Afer demande de la permanence, de la stabilité, de la simplicité, de la clarté. Au plan fiscal, taxer à nouveau l’assurance-vie, c’est fiscaliser tout ce à quoi elle sen : le financement de nos entreprises (920 milliards, dont 250 milliards en actions), et celui des Etats (plus de la moitié de la dette publique domestique). L’assurance-vie n’est pas une niche. Elle rapporte plus qu’elle ne coûte. On ne joue pas avec une épargne longue, stable et saine qui a fait ses preuves depuis trois décennies.

PCGP : Quelle(s) « alternative(s)» mettez-vous en place ou comptez-vous mettre en place pour parer à la baisse des fonds en euros ?

G. B. : La baisse du rendement des fonds en euros n’est pas une fatalité. J’ai confiance dans l’avenir. Sur les cinq dernières années, le rendement moyen annuel du fonds garanti Afer est de l’ordre de 4% [3,43% l’an passé, ndlr] La performance est très honorable et garantit la sécurité du capital dans un contexte financier mondial particulièrement troublé. L’Afer ne veut pas briller sur les taux —même si nous restons toujours parmi les meilleurs et que nous n’excluons pas de redevenir le meilleur!-, elle veut briller sur la sécurité du capital, une épargne solide dans la durée. A proprement parler, nous ne sommes pas dans un schéma de recherche systématique «d’alter-natives », Les choses vont bien. Les gérants d’Aviva Investors, notre partenaire, sont de grands professionnels qui ont prouvé leur compétence et nous leur faisons confiance, tout en veillant à saisir les opportunités et réfléchir à une diversification que demandent nos 720000 adhérents. Nous venons ainsi de proposer une nouvelle unité de compte, Afer Immo, profitant de la souplesse et du cadre fiscal de l’assurance-vie, ce que ne peut offrir un investissement immobilier en direct.

Une autre source de diversification pourrait concerner les fonds à maturité définie garantissant le taux à échéance. Le risque de défaut est faible, de l’ordre de 0,4% par an sur le triple B, avec, au pire, un recouvre-ment partiel de la valeur, et un rendement supérieur à l’échéance, le capital n’étant pas garanti. Nos gérants s’intéressent aussi à diverses classes d’actifs performantes dans nos UC, ainsi qu’aux fonds d’infrastructures.

Tout ce qui contribuera à la performance dans la sécurité intéressera l’Afer. A l’Afer, le rôle moteur est moins dans l’offre que dans la demande. Les adhérents ont besoin de produits simples, clairs et performants, non seulement pour eux, mais aussi pour leurs proches. Si l’assemblée générale le décide, nous allons très prochainement démocratiser l’assurance-vie en offrant la possibilité d’ouvrir un contrat à partir de 100 euros, contre 800 aujourd’hui, et, pour tout événement heureux de la vie, l’association offrira les droits d’adhésion de 20 euros.

Interview réalisée en Juin 2012 par Benoit Descamps pour Profession CGP

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