Comment l’étudiant Gérard Bekerman est-il devenu professeur d’économie et président de l’Afer ?

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L’étudiant a passé une vie agréable. Nous pensions très peu à l’argent. On avait des plaisirs simples. Hélas, il y avait peu d’étudiantes à Assas  jusque dans les années 1980 et on avait donc  tout le temps de bien réviser ses partiels. Partage, conviction, espoir , c’était notre trilogie, comme  elle doit être celle des jeunes  aujourd’hui.  Assas jouissait déjà d’une forte réputation en Europe, surtout en droit. Nous, économistes, profitions alors de son renom.

Notre esprit était formé par les grands auteurs d’économie politique plutôt que par le modèle de Black and Scholes. On pouvait bien parler sur Keynes, mais j’étais surpris qu’on n’évoquât jamais ce qu’était une variable aléatoire. Le grand amphi était souvent utilisé pour des soirées culturelles et accueillait alors les plus grands artistes du monde. Je suis heureux que le président Vogel souhaite renouer avec cette tradition.

Mon meilleur souvenir fut le professeur Jean Thomas, un dominicain  avec qui je prenais un immense plaisir à traverser le Luxembourg pour qu’il rejoigne  le 21 le conduisant rue des Tanneries. Il enseignait l’allemand financier, une matière que j’avais choisie car, germaniste, je pouvais  avoir 20/20 sans trop de difficulté. Je pense que c’est lui qui m’a donné cette « vocation » universitaire.

Mon premier livre était précisément un dictionnaire bilingue, un hommage.  D’ailleurs, je ne sais pas  si j’aurais pu faire autre chose qu’enseigner.

Après ma thèse complémentaire, j’ai obtenu un poste d’assistant auprès de Raymond Aron au Collège de France.  Il s’était promis de faire évoluer ma sensibilité politique. Il y a bien et  modérément réussi.  J’ai tout appris d’Aron. Aujourd’hui, encore, quand je dois  réfléchir et décider, je pense à lui.

Quant à l’Afer, certes il s’agit d’une institution puissante, gérant 47 milliards d’euros, mais c’est avant tout une association 1901,  vivante, de 750 000 adhérents représentant 2 millions d’hommes, de femmes et de jeunes  bénéficiaires. Un tel poids en fait naturellement un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics. J’y ai adhéré il y a 25 ans, loin du modèle de la banque et de l’assurance,  puis quand on m’a demandé d’être administrateur, j’ai accepté et quand on m’a demandé d’être président, j’ai accepté aussi.

John Stuart Mill dit dans ses Mémoires que le bonheur n’est pas quelque chose qu’on doit « rechercher  à tout prix »,   mais » cueillir au passage » . C’est un peu ça. Même s’il a d’autres défauts,  l’universitaire est  sans doute  moins exposé au mensonge, à la malhonnêteté  et à la cupidité. Il s’intéresse avant tout au savoir.

Quand on accepte  la responsabilité  d’une association telle que l’Afer,  le plaisir est dans l’exigence de la fonction :   ce n’est pas que  pour soi, c’est le sens d’un échange, d’un partage. C’est un plaisir de travailler pour autrui car quand le résultat est au rendez-vous, la communauté vous le rend bien.

Le soir,  à la maison, le sentiment est agréable d’avoir fait une belle action dans l’intérêt de tous. Comme le dit un  dicton  alsacien :  «  E rüejigs Gewisse  isch e  weichs Kopfkisse… » ( une conscience tranquille est un doux oreiller). 

Quels conseils donneriez-vous à nos étudiants de première année découvrant Assas et l’économie ?

Envoyer moins de SMS, écrire moins d’emails et ne pas se limiter à  Google pour préparer  ses TD. L’économie est une science de la décision. Pensez aux outils mathématiques, la boussole de votre raisonnement, maîtrisez bien l’anglais, renforcez votre culture générale, réfléchissez à la dimension internationale des problèmes, intégrez le droit dans votre réflexion,  car le droit est  le ciment de l’accord et de la paix  entre les êtres humains,  ne négligez pas l’option facultative en sport, envisagez une réorientation si vous êtes déçu  mais regardez toujours vers le haut  et soyez confiant car c’est un privilège d’être étudiant. Aimez ce que vous faites car quand on aime on ne se fatigue pas et quand on ne se fatigue pas on peut aller loin.

 Quelles sont les différentes trajectoires  possibles quand on étudie l’économie à Assas ?

 Assas offre tout un vivier  de parcours théoriques ou professionnels de la 1ère année de Licence jusqu’au doctorat. La formation repose sur l’économie, la gestion, le droit, l’informatique, les mathématiques/statistiques et les langues vivantes. Deux parcours sont proposés en 1ère et 2e années : « économie/gestion » et « parcours  renforcé » en analyse économique ou économie juridique.  L’anglais est obligatoire pendant tout le cursus. Il faudrait même encore le renforcer.

La spécialisation s’accentue  au fil des années En 3e année, la Licence en sciences économiques comprend  4 parcours : économie managériale et industrielle, économie internationale, monnaie/finance et analyse économique + DU éventuellement, ou, pour les étudiants plus intéressés par la finance, le Magistère Banque Finance. Une double Licence, favorisant une double culture,  Sciences et Economie sur six semestres, est également proposée avec Paris 6 ; la dernière année se déroule dans une grande université étrangère. Au niveau M1, cinq Masters sont proposés en économie : économie managériale et industrielle, géostratégie, monnaie-finance, ingénierie économique et statistique et économie juridique.

En gestion, les étudiants peuvent choisir entre sciences du management ou management et nouvelles technologies. Une licence  professionnelle  de management des organisations est également proposée en formation initiale par la voie de l’apprentissage et en formation continue.

Ces diverses formations, notamment la MSG,  établissent des relations étroites avec le monde de l’entreprise,  sont largement ouvertes sur l’international,  insistent sur le droit, discipline essentielle, au moyen d’outils pédagogiques modernes : e-learning, multimédia.

Assas favorise un puissant dynamisme de la vie associative avec BDE, Junior  Entreprise ou associations des anciens.

Enfin, dans une perspective de valorisation et d’ouverture, Assas a établi au sein de Sorbonne Universités des cursus croisés ; la création d’un Collège de la Sorbonne offre  7 licences  en double cursus dans des domaines aussi riches que le droit, l’histoire, l’histoire de l’art, l’économie  les sciences ou la philosophie.

C’était le sens de la loi Edgar Faure. On aura juste perdu un peu de temps…mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Enfin, au niveau des M2, Assas est un vivier de compétences théoriques et professionnelles dans des domaines aussi divers que le commerce international, la défense, l’économie et le droit, les systèmes d’information, les nouveaux médias, la finance, l’ingénierie économique, la macro-économie monétaire, les techniques financières, la stratégie d’entreprise, la gestion des organisations, les relations du travail, la gestion des ressources humaines, l’entreprenariat, le management des projets logistiques, des nouvelles logistiques ou le marketing.

Quels sont les débouchés au sortir des filières ?

Assas, c’est un socle académique puissant,  suffisamment large pour permettre aux diplômés d’envisager des carrières dans le monde du droit, des organisations internationales, de l’entreprise et, en même temps, suffisamment  spécialisé  pour répondre aux nécessités des nouveaux « métiers » du commerce international, de la finance, la banque, l’assurance, les transports ou la gestion des ressources humaines. N’oublions pas non plus qu’Assas a une longue tradition en matière de recherche académique. Il fait bon vivre à Assas.

Interview réalisée le 01/01/09 pour Le Canard d’Assas

 

 

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